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http://www.huffingtonpost.co.uk/2013/07/19/books-every-woman-should-read_n_3623480.html

http://www.huffingtonpost.co.uk/2013/07/19/books-every-woman-should-read_n_3623480.html

Avec un sentiment mitigé, l’écrivain retourna à sa cabane. Il essaya tant bien que mal de continuer la rédaction de son roman, mais il n’était pas concentré. Chaque jour, il vérifiait l’enregistrement de ses caméras, et il faisait au moins deux fois le tour de l’étang. Il frappa des paragraphes entiers pour les effacer rageusement. Il avançait très peu et commençait à s’énerver.

Un matin, il exulta : l’une des caméras avait enfin enregistré quelque chose d’intéressant. Cependant, apparemment pour la première fois, le phénomène s’était déroulé de nuit. Il vit ainsi la porte s’ouvrir ; toutefois, le micro sensible n’avait pas enregistré le bruit de la serrure. Quand la porte s’était ouverte, Jean constata avec surprise qu’il n’y avait aucune clef. Une silhouette entra comme chez elle. Malheureusement, l’infrarouge ne donnait qu’une image verte floue, on ne pouvait distinguer nettement les traits. Ce qui était certain par contre, c’était la nature féminine de l’apparition : une longue robe de tissu fin serrée à la taille par une large ceinture, des gestes gracieux… et les pieds nus. Jean relia immédiatement l’intruse à la femme du rocher. Donc c’était elle qui lui « achetait » la lecture de ses livres. Serait-ce elle aussi qui lui apportait du poisson ?

La créature se dirigeait vers la cheminée et y posa un objet dont la caméra ne pouvait rendre la nature. Puis elle entra dans le bureau. La caméra de celui-ci, basculée automatiquement en mode nocturne, la montrait échangeant des livres et s’en aller avec une pirouette de satisfaction.

Jean se rua dans le living. Il vit sur la cheminée une sublime perle noire. Il en savait déjà la contrepartie. Aurait-il finalement du talent pour qu’un fantôme daignât le lire ? Il voulut tenter une dernière expérience. Logiquement, la femme devait lire le livre sur son rocher. Il allait donc installer une caméra sans fil dans le bosquet pour surprendre son apparition. Il passerait toute la journée à surveiller le moniteur, quitte à déjeuner sur le pouce.

En fin d’après-midi, l’écrivain eut la joie et l’excitation de voir apparaître l’image de la femme sur le rocher. Il ne savait pas comment elle était venue là, la caméra ne rafraîchissait l’image que toutes les cinq secondes pour économiser sa batterie. Jean sortit fébrilement. Il allait surprendre la jeune femme en faisant un large détour pour déboucher du bosquet, en face du rocher. Il lui couperait donc ainsi la retraite.

À l’orée du bois, Jean constata que la jeune femme lisait bien un livre, fort probablement l’un de ses livres. Un fantôme amateur de lecture ? Pfff ! Il s’avança résolument.

« Pardonnez mon intrusion mademoiselle, mais vous suscitez ma curiosité. »

La jeune femme ne sursauta pas. Elle leva les yeux et se tourna vers l’écrivain, un sourire indéfinissable aux lèvres.

« Ah, c’est vous. J’aurais voulu retarder un peu notre rencontre, mais bah, c’est aussi bien.

— Mais qui êtes-vous donc ? D’où venez-vous ? Vous n’êtes certainement pas une de mes voisins.

— Mais si, nous sommes voisins… Enfin, en quelque sorte.

— Très bien, je suis…

— Jean Kousto, je sais.

— Ah oui… Euh mon nom est sur le livre, c’est vrai.

— Moi, je suis Sibella tout court.

— Enchanté, Sibella Toucour.

— Simplement Sibella… sans « tout court ».

— Ah… Dites, entre nous, pensez-vous donc que j’ai du talent ?

— Je vais être franche.

— Oui ? »

L’écrivain était suspendu à ses lèvres, presque haletant.

« Je ne sais pas… Mais une fois lancée, je ne peux pas l’abandonner. C’est l’histoire qui m’intéresse. D’ailleurs, nous n’avons pas ça chez nous.

— C’est où, chez vous ?

— Ahaa, la curiosité est un vilain défaut.

— N’importe quoi  C’est vous qui l’avez suscitée… Mais j’y pense, êtes-vous vraiment humaine ? On ne le dirait pas avec votre manière de vous introduire chez moi.

— J’ai seulement certaines… facultés que vous ne possédez pas.

— C’est comme je l’ai dit, vous n’êtes pas humaine.

— Mais si, nous appartenons simplement à une autre souche de l’humanité… dans une autre réalité.

— Attendez un instant, ai-je bien rêvé de votre monde ou quoi ?

— Ah, pardonnez-moi, j’avais malencontreusement pensé à vous à ce moment précis, ce n’était pas… convenable.

— Emmenez-moi chez vous.

— Quoi ? Vous êtes sérieux ? Je vous préviens, il n’y aurait pas de retour pour vous, pour des raisons tant techniques qu’éthiques. N’allez-vous pas regretter votre vie si bien réglée ?

— M’en fous, je veux y aller. Et soyez sûre que j’aimerais y rester, d’après l’avant-goût que j’ai eu dans mon… rêve. Un écrivain a toujours besoin de voir quelque chose de nouveau.

— Nous n’avons pas d’écrivain dans votre genre, et tout le monde n’est pas comme moi.

— Je sais aussi dessiner et peindre, si les portraits et les tableaux vous intéressent.

— Mmoui… Ça pourrait être intéressant. Nous avons peu d’artistes de talent.

— S’il vous plaît, dites oui Sibella… Et puis, je vous donnerai tous les livres que j’ai écrits.

— Très bien, donnez-moi la main. »

Une idée traversa l’esprit de Jean. Il se rappela la trace de pied tournée vers l’eau. Ils n’allaient pas entrer dans l’étang, si ?

« Allons Jean, n’aie pas peur. Tant que nous gardons le contact, tu ne seras pas mouillé. »

 

L’éditeur de Jean Kousto s’était inquiété après une semaine sans coup de téléphone de son écrivain si rentable. Il finit par envoyer quelqu’un voir ce qui se passait. On ne vit personne au cabanon de chasse. La cabane du lac était vide, et pourtant la petite Golf était bien là, l’ordinateur contenait le roman inachevé. Jean se serait-il noyé ? Cependant, l’éditeur croyait savoir que quand l’écrivain était sur un roman, il ne se laissait jamais distraire.

Par acquis de conscience, il embaucha un plongeur, lequel ne trouva que des poissons. Extrêmement navré, l’éditeur se résigna à prévenir les autorités de la disparition de son écrivain. L’ébauche de roman était inexploitable, seul Jean en connaissait l’intrigue. L’éditeur n’avait plus que ses yeux pour pleurer. On ne retrouva jamais Jean Kousto ni son corps.

FIN

RAHAЯ

L'étang garde son mystère ! Mais Jean Kousto ne s'y est pas noyé, il est juste ... passé de l'autre côté,  j'en suis convaincue ! Note de Lenaïg - http://www.les-photos-gratuites.net/photo-lac.html -

L'étang garde son mystère ! Mais Jean Kousto ne s'y est pas noyé, il est juste ... passé de l'autre côté, j'en suis convaincue ! Note de Lenaïg - http://www.les-photos-gratuites.net/photo-lac.html -

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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