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Poisson à la chair fine, nous allons déguster une sole farinée puis revenue dans de l'huile à la poêle à laquelle nous rajouterons du beurre avant de la déglacer avec un jus de citron, quelle est cette préparation ? - http://www.quizz.biz/quizz-685421.html

Poisson à la chair fine, nous allons déguster une sole farinée puis revenue dans de l'huile à la poêle à laquelle nous rajouterons du beurre avant de la déglacer avec un jus de citron, quelle est cette préparation ? - http://www.quizz.biz/quizz-685421.html

Agacé par la précédente intrusion, Jean avait fermé à clef quand il était parti faire sa balade. Il y avait des barreaux solides aux fenêtres, et la cheminée ne permettrait pas à un Père Noël rachitique de descendre. L’intrus était-il donc un cambrioleur retraité amateur de thriller ? C’était possible, mais franchement absurde. Toutefois, Jean n’était pas d’humeur à changer la serrure. Enfin, tant que l’individu ne commettait pas de vandalisme, l’écrivain pouvait s’accommoder d’un fan qui payait sa lecture, même si ce n’était pas en bon argent.

La nuit, Jean rêva. Il se promenait dans une belle contrée inconnue, parmi des gens qu’il ne connaissait pas. Il vit, assise sur un banc de pierre, la fameuse femme aux longs cheveux, du moins il en était persuadé. Elle était en train de lire, mais leva la tête et lui sourit. Jean la voyait maintenant avec netteté. Selon ses critères, elle était belle, d’une beauté simple, authentique. Elle devait avoir la trentaine. Il allait la rejoindre, quand il se retrouva inexplicablement dans l’eau, suffoquant et cherchant désespérément de l’air. Il se réveilla en sursaut et en sueur, haletant comme un poisson hors de l’eau.

Jean était exaspéré. Adieu la tranquillité de l’esprit. Il aurait pu ignorer les manèges — au fond pas très dérangeants — de l’intrus, mais la femme encombrait son esprit. Ce n’était pas parce qu’il en était amoureux — il ne croyait pas en la cohabitation harmonieuse pérenne d’un couple — ou même qu’il envisageât une quelconque aventure, mais il était curieux. Il voulait une explication rationnelle du phénomène de la veille, et de son rêve d’un réalisme saisissant. Et tant que cela encombrerait ses pensées, il serait vain de poursuivre la rédaction de son roman.

Au matin à son réveil, il fut accueilli par une alléchante odeur de poisson frit. Jean réfléchit un moment, dissipant encore les brumes du sommeil. Était-ce le jour du ménage ? L’employé était-il en train de préparer le petit-déjeuner ? Un petit-déj plutôt original, l’écrivain étant habitué aux tartines beurrées, à la confiture et au café au lait. En fait, le bonhomme ne devait venir que le lendemain.

Il se leva alors et alla aux nouvelles. Étonné, il ne vit personne. Le poisson l’attendait sagement dans le plat ovale. Jean vérifia la porte et les fenêtres. Tout était fermé. Il jeta un coup d’œil par la fenêtre ; il ne vit personne s’en aller. Mais qui avait donc cuisiné et comment était-on entré et sorti ? La maison serait-elle hantée ? Dans ce cas, ce serait donc une entité « gentille et prévenante ». Jean avait un esprit assez ouvert — il n’était pas écrivain pour rien — et n’excluait pas la possibilité d’une hantise. Il exprima sa reconnaissance à la cantonade (pour le cas où) et attaqua de bon appétit le repas inhabituel. C’était délicieux.

Un autre talent de Jean était une aptitude au dessin. Il passa donc un temps appréciable à fignoler le portrait de la femme. Il allait enquêter sur elle. Il commença par faire une visite de courtoisie à ses voisins qui étaient présents en cette période de l’année. Aucun d’eux ne connaissait ou n’avait vu la jeune femme. Jean ignora les chalets barricadés : la femme n’avait pas l’air d’une squatteuse. Il prit sa Golf et alla enquêter à l’agglomération. Il fit chou blanc.

Malgré sa profession, Jean ne connaissait aucun personnage d’influence dans la police, ni dans les autres organismes plus ou moins secrets pour faire une recherche approfondie. Il devait donc se résoudre à attendre que la jeune femme daignât réapparaître. Bien entendu, l’ordinateur resta tout seul, abandonné. Il fit plusieurs fois le tour du lac, jetant fréquemment le regard sur le rocher quand il était visible. Il n’avait arrêté son manège que quand son estomac eût protesté à midi.

Revenu à la cabane, il vit tout de suite le coquillage délicat et merveilleusement coloré. La disparition de son troisième livre ne l’étonna pas. Visiblement, cet objet anodin avait de la valeur pour l’intrus. Mais pouvait-il en avoir une intrinsèque ? Stimulé par ce dérivatif, Jean décida de faire des recherches sur le net. Il passa un temps fou sur un site illustré de collection de coquillages d’eau douce. N’ayant rien trouvé, il passa à la collection marine, par acquis de conscience. L’espèce n’était pas répertoriée. Aurait-elle donc la valeur scientifique d’une espèce inconnue ? C’était possible, et même probable. Il pourrait alors céder le coquillage à quelque institution scientifique… s’il le voulait. Il se résolut finalement à calmer sa panse. Dans la kitchenette, il tomba en arrêt devant un beau poisson qui n’attendait plus que d’être cuit.

Jean eut alors l’idée d’installer des caméras de surveillance. Il pensa à juste raison que l’intrus ne devait pas être un ignare, et s’efforça donc de bien dissimuler les appareils. Il les avait dans un vieux carton, juste après l’achat de la cabane ; mais il ne les avait pas installés après avoir su que la région était sûre. Le boulot lui prit presque tout l’après-midi. Ce fut en sacrant qu’il se précipita dehors pour continuer sa recherche de la femme mystérieuse, il pourrait faire quelques tours du lac avant la nuit. Une centaine de mètres du rocher, il la vit. Perdant toute dignité, il se mit à courir. À mi-chemin, il devait contourner un épais buisson. Il n’avait perdu de vue le rocher que trois secondes, mais la jeune femme avait disparu comme la dernière fois.

Jean s’arrêta, essoufflé et surtout dérouté. Il était matériellement impossible que la femme eût rejoint le bosquet plus loin en ce court laps de temps. L’écrivain rejoignit lentement le rocher, l’esprit tout embrumé. Une minuscule étincelle de lucidité perça son hébétude. Il remarqua qu’il n’y avait aucune empreinte de pas dans le sable tellement fin qu’il s’assimilait à de la vase. Mais derrière le rocher, du côté de l’eau, il put constater une trace de pied nu, juste avant qu’une vaguelette en estompât le contour.

Jean crut un instant que c’était la preuve de la réalité de la jeune femme. Toutefois, il se dit que c’était mince, une apparition pouvait très bien se manifester de façon matérielle, pour ne parler que des phénomènes de poltergeist. Devait-il donc se résoudre à plonger dans les archives de l’agglomération à la recherche de quelque tragédie du passé ? Il en avait la flemme. Enfin, il verrait le lendemain, en ce moment, il avait surtout besoin d’un remontant et d’une bonne nuit de sommeil.

Le lendemain, Jean finit pas se décider à aller à la bibliothèque de l’agglomération. La bonne nouvelle était que les archives remontaient loin et la collection d’un journal était complète. Quelques disparitions avaient bien été mentionnées, mais toutes concernaient des hommes. Il n’y avait aucune mention de meurtre ni d’accident mortel ancien ou récent. Les gens de la région étaient apparemment sages et pondérés. Approcher les autorités le répugnait, elles le prendraient pour un fou faiseur d’embarras.

S’inspirant de ses romans, Jean tenta une approche à laquelle il aurait dû avoir pensé : il allait bavarder avec les vieilles gens. Ce serait bien le diable si elles ne se rappelaient pas quelques légendes, urbaines ou non. L’inconvénient des journaux était que tout fait relaté devait avoir été avéré, et de simples rumeurs n’étaient pas imprimables.

Jean n’avait pas été entièrement déçu… ni satisfait d’ailleurs. D’anciennes rumeurs parlaient du caractère tabou de l’étang. L’endroit était maudit, avant la venue de promoteurs vers le début du siècle, lesquels avaient vendu des parcelles de terrain en faisant du battage médiatique sur le caractère éminemment touristique et paisible du site. Quant à la nature de la malédiction, personne n’en savait rien, ou bien plus vraisemblablement, la tradition orale avait été perdue.

A suivre

RAHAЯ

coquillage imaginaire!!   de catherine Berthe - http://www.fotocommunity.fr/pc/pc/display/28438731

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Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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