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Note de Lenaïg :
Chouette ! Un conte de Noël de Rahar ! Et des clins d'oeil, en prime, dedans, au jeu de La lettre au Père Noël organisé par Domi dans son
Annuaire des Nuls pour le 20 décembre ... Mais Rahar a par ailleurs écrit sa Lettre au Père Noël pour le jeu de Domi, Victoria aussi, ainsi que Marie Louve. Nous les découvrirons le temps voulu et moi, qui suis déjà dans le secret, je ne suis pas déçue, hé hé ! Il me reste la mienne à écrire, mais je fais beaucoup dodo en cette fin de semaine, quand je ne cours pas partout à l'extérieur, alors ce n'est pas prêt ... Puis je présente mes excuses aux aminautes que je n'ai pas encore été visiter.

Dans cette nouvelle histoire de Rahar, il y a du policier mais aussi du fantastique en passant par la physique et la chimie ! Mais place à Rahar ! Je n'interviendrai plus qu'en légendes aux illustrations.

En temps qu'illustratrice, j'ai choisi de m'amuser autour du nombre d'Amedeo Avogadro, physicien et chimiste de Turin, dont le vieil homme héros de cette histoire se souvient du nombre/formule définie par lui en lisant un numéro de téléphone.

En temps qu'illustratrice, j'ai choisi de m'amuser autour du nombre d'Amedeo Avogadro, physicien et chimiste de Turin, dont le vieil homme héros de cette histoire se souvient du nombre/formule définie par lui en lisant un numéro de téléphone.

J’ouvre les yeux. Le soleil de midi m’éblouit et je me détourne en grimaçant. Je rassemble mes esprits. Je suis étendu par terre, sur un sol dur… avec de petits cailloux qui entrent dans ma chair. Je suis habillé de haillons, comme un SDF : un pantalon rapiécé, une chemise sale avec des trous, un manteau noir assez épais pour me tenir chaud, des godasses fatiguées et décollées. Je suis dans une ruelle crasseuse encombrée de poubelles plus ou moins pleines et qui ne sentent pas la rose ; je dirais même qu’elles schlinguent un max. cela m’étonne un peu, car un clochard ne devrait pas avoir un nez délicat.

Je me frotte la tête. J’essaie de rassembler mes souvenirs. Je suis confronté à un mur noir, je ne me rappelle de rien, même pas de mon nom. Je viens de me rendre compte que j’ai une barbe fournie ; un éclat de miroir cassé me permet de constater qu’elle est blanche… mais broussailleuse et sale. J’ai peut-être la soixantaine, si je me fie à ma légère bedaine, à ma vue pas très nette et à mon souffle un peu court.

Jouons avec le double sens de MOLE en anglais : la mole mesure chimique, et la "mole", la taupe, l'animal !

Jouons avec le double sens de MOLE en anglais : la mole mesure chimique, et la "mole", la taupe, l'animal !

Je fouille les poches de mon pantalon minable et de mon manteau défraîchi. Pas de papier, rien. Juste une pièce de cinq cents. Je regarde mes mains. Elles sont plutôt fines sous la crasse. Je ne fais donc pas de travail pénible pour gagner ma croûte. Je sors de la ruelle en titubant. Mon ventre gargouille, j’ai faim. Voler ne m’a pas effleuré l’esprit. Faire la manche me répugne. Que peuvent me donner cinq cents ? J’y pense en tâtant ma poche. Et je me fige ! La pièce a disparu. Que diable !? À la place, je sens le froissement d’un papier. Un billet. Je ne cherche pas d’explication, ventre affamé n’a pas d’oreille… ou plutôt de jugeote.

Tout en mâchant mon gâteau, je regarde distraitement la rue. Mon regard accroche un panneau d’affichage et mes yeux tombent sur un numéro d’appel : 0602214131. Automatique­ment, cela me fait penser au nombre d’Avogadro, sans le zéro du début, évidemment. Je passe devant un saltimbanque de rue qui déclame du Rimbaud, je pense. Tiens ! Comment je sais tout ça ? Donc je suis plutôt instruit. Je me demande ce que j’étais avant, je ne me souviens pas de ce qui semble avoir provoqué ma déchéance.

Le vieil homme de l'histoire, comme la petite taupe, voudrait bien découvrir qui, ou qu'est-ce qui l'a mis dans le ... caca !

Le vieil homme de l'histoire, comme la petite taupe, voudrait bien découvrir qui, ou qu'est-ce qui l'a mis dans le ... caca !

Je me regarde dans la vitrine d’un magasin à la décoration criarde. Je me redresse automatiquement. Je pense qu’avec des fringues convenables, j’aurais l’air d’un papi respectable, ce que je soupçonne d’être en réalité. Mais je ne peux pas entrer dans une boutique avec ma dégaine actuelle, on me jetterait comme un malpropre. Il faudrait d’abord que je me procure des vêtements plus présentables à l’Armée du Salut. D’ailleurs, je ne pourrais pas me payer de nouvelles nippes, je viens de tâter ma poche et je n’ai senti que la piécette ; pourquoi ça ne me surprend pas ?

Avec résignation, j’erre comme un damné. Toutefois, je ne peux m’empêcher de regarder autour de moi. Je vois la misère, la dégradation du niveau de vie des gens. Deux hommes discutent à haute voix, je m’arrête instinctivement pour les écouter. Ils se plaignent de la conjoncture actuelle, de la dissolution des sociétés qui les avaient employés l’un et l’autre, du salaire de misère que l’entreprise cannibale leur accordait. Alors que les fêtes de la Nativité approchent, qu’on ne peut espérer de treizième mois, les gens sont désespérés, ils ne pourront pas célébrer dignement Noël ni le Nouvel An.

http://www.lavoixdunord.fr/france-monde/des-radios-pour-des-sdf-pour-une-fois-c-est-un-peu-noel-ia0b0n916470

http://www.lavoixdunord.fr/france-monde/des-radios-pour-des-sdf-pour-une-fois-c-est-un-peu-noel-ia0b0n916470

Où que j’aille, j’entends les mêmes récriminations. Et ce qui m’a frappé, c’est le fait de ne voir que très peu d’enfants. Les parents ne veulent pas que leurs enfants bavent sur les vitrines, alors que le père Noël aurait des difficultés pour venir dans leur misérable petite ville. C’était la faute de Nikola Dupol. D’ailleurs, où était ce salaud sans cœur qui ne pense qu’à ses foutus profits, sans considération des petites gens qui sont toujours ceux qui trinquent dans les batailles des requins. Il avait phagocyté ses concurrents de gré ou de force… plus généralement de force.

Je me doute du stratagème employé : OPA par ci, OPA par là… Désormais, ce Nikola Dupol peut imposer sa vision aux sociétés qui lui appartiennent virtuellement. Restructuration et plans sociaux lui permettent d’optimiser ses profits. Ce qui me fait penser : serais-je un cadre sup, voire un PDG déchu ? Serait-ce le choc et le stress qui ont provoqué mon amnésie ? Ce doit être ça, je ne suis blessé nulle part et je n’ai pas de migraine. Et puis, suis-je marié, ai-je des enfants ? Ma déchéance a-t-elle provoqué l’éclatement de ma famille ?

Je pense qu’il n’est pas raisonnable de me torturer davantage, je dois m’adapter à ma situation présente. Je passe devant un mendiant, quand il m’interpelle. Il croit, malgré mon aspect peu reluisant, que je suis bien mieux loti que lui.

« Une petite pièce mon bon monsieur, pour m’acheter à manger.

— Mais d’après ce que je vois, ta poche est déjà lourde.

— Oh monsieur, je n’ai pas assez pour même un tout petit sandwich. »

J’allais m’en aller en pensant que je dois avoir besoin de ma piécette magique pour assurer mon dîner. Et puis je me dis qu’il n’est pas certain que la magie agirait encore, et de toute manière, je suis repu pour l’instant, alors que le pauvre bougre ne l’était pas. Je tâte ma poche. Les cinq cents ne se sont pas transformés. Avec tout de même une pointe de regret, je les donne au mendiant, et je pars comme si je m’enfuyais.

A suivre !

RAHAЯ

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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