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Beaux boutons à cette manche de veste ! Mais il en manque un, non ? comme sur la veste d'Art Nacoeur - Note de Lenaïg - http://parisiangentleman.fr/academy/petite-histoire-du-blazer-2/

Beaux boutons à cette manche de veste ! Mais il en manque un, non ? comme sur la veste d'Art Nacoeur - Note de Lenaïg - http://parisiangentleman.fr/academy/petite-histoire-du-blazer-2/

« Bon, assieds-toi confortablement, mon cher Lock. Les Hibulère sont une famille de la haute aisée. La fille, Julie, a été à Harvard, puis s’est mariée à Art Nacœur, un agent financier issu d’un milieu modeste. Ils vivaient en régime de séparation de biens. Les affaires du mari traversent actuellement une passe difficile.

— C’est une amorce de mobile, alors.

— Attend, ce n’est pas tout. Pendant son dîner d’affaire, il s’est absenté pendant une douzaine de minutes, sous prétexte de chiasse soudaine. Je te fais remarquer que le restaurant est à peine à cinq minutes de leur domicile.

— Cette diarrhée est plutôt providentielle. La police n’a pas pu déterminer l’heure exacte du « cambriolage ».

— Ah oui, avant d’aller à son dîner, il est passé au bureau de son beau-frère. Quant à Patrick Hibulère, il a apparemment travaillé tard, avec deux de ses employés. Ses affaires semblent bien marcher, mais la concurrence est très rude, dans le créneau… Je vais approfondir demain, promis. »

 

Un inspecteur de mes amis a réussi à me communiquer, à charge de revanche, l’heure de la mort déterminée par le légiste : entre 20h et 20h30. Je vais au restaurant poursuivre mon enquête. Un serveur dégourdi m’affirme que Art et ses convives ont commencé vers 20h et ledit Art a été pris d’une sorte de colique peu après. Le larbin a vivement protesté sur la fraîcheur des plats, la cause de l’indisposition du client devait sans doute aucun, avoir été antérieure à son arrivée. Il n’y a évidemment pas de caméra de surveillance dans les toilettes, seulement à la sortie de derrière.

En vérifiant à l’arrière du restaurant, je constate que la fenêtre des toilettes est en-dehors du champ de la caméra de surveillance. Art Nacœur pouvait très bien s’être glissé par là, s’il était coupable d’avoir simulé un cambriolage pour assassiner sa femme. Je suis obligé de mettre mon inspecteur au courant de l’avancement de mon enquête et de mes soupçons : c’est le marché que j’ai passé avec lui ; je devais le faire si je voulais le garder en tant que source d’informations dans la police. Le mobile semble clair, le bouton perdu est un indice important et l’opportunité plausible, la police a ainsi le choix d’ouvrir une enquête officielle ou non. Et je dois mettre Pat Hibulère au courant de ma démarche.

J’atteins l’étage de l’entreprise de Pat. Je suis tout de même impressionné par le nombre de matos de pointe. Une dizaine de geeks rivés à leur moniteur dans une vaste salle ne s’émeuvent pas de mon passage. Le bureau du boss est au fond, il a un ascenseur personnel.

« Ainsi, c’est Art qui a assassiné ma sœur. Mais comment a-t-il donc fait ?

— Attention monsieur Pat, je n’ai pas dit qu’il l’a fait, mais qu’il pouvait l’avoir fait, nuance.

— Mais tout le désigne : son besoin d’argent, son bouton sur le lieu du crime, la chiasse tombée du Ciel, et la fenêtre des WC non surveillée.

— Ne nous emballons pas. Il nous faut, soit ses aveux, soit des preuves plus solides.

— Ça ne fait rien, je vous règle tout de suite vos honoraires.

— Euh… C’est quoi tous ces trucs qui défilent à l’écran ?

— Ça, c’est un logiciel créateur.

— Ah… Créateur de quoi ?

— Alors, c’est un logiciel qui permet de créer un logiciel. Je lui donne des spécifications, et il se met à rédiger automatiquement les codes du nouveau logiciel. On n’a plus qu’à faire les tests finaux »

 

Comme je m’y attendais, Art a été mis en examen, malgré ses protestations d’innocence. Mais je ne suis vraiment satisfait que quand tout a été éclairci. Ninie m’attend avec une nouvelle moisson d’informations. Elle a toute confiance en moi, quand je dis qu’on continue, on continue, même si nous avons déjà été payés.

« J’ai approfondi mes recherches sur Pat Hibulère et son entreprise. Il semblerait qu’il a reçu une importante commande d’un nouveau logiciel. Or s’il veut l’honorer, l’entreprise devrait acquérir une machine spéciale, affreusement chère et onéreuse ; mais l’affaire pourrait rapporter gros, très gros, en cas de succès. Toutefois, compte tenu de sa trésorerie, elle ne peut se le permettre… à moins d’un héritage providentiel.

— Oh, voilà un autre mobile. Si je ne m’abuse, notre Pat a englouti le sien dans son entreprise.

— Et j’ai examiné la copie de la bande de la caméra de l’entrée de la maison. Quand il est sorti, Art avait tous ses boutons.

— Bon, on sait qu’il a perdu son bouton après.

— Attend mon cher Lock, et je vais t’en boucher un coin : en regardant l’enregistrement d’une caméra du restaurant, j’ai vu qu’il a perdu un bouton. Il ne s’en est peut-être même pas aperçu.

— Donc il l’a perdu avant le cambriolage. Bravo Ninie, tu as fait un excellent boulot. Tu vois, tu as quand même appris à mon contact. »

J’appelle illico mon inspecteur et je lui enjoins vivement de faire faire une analyse d’urine à Art. Je lui dis aussi de perquisitionner le bureau de Patrick Hibulère, une fois les résultats obtenus. Je raccroche en évitant ses questions, mais je sais qu’il va s’exécuter.

 

La police a retrouvé des traces d’un médicament purgatif dans les urines d’Art Nacœur. La perquisition au bureau de Pat a permis de trouver le purgatif de même formule chimique dans un tiroir du petit bar à alcool. L’entrepreneur a invité son beau-frère à passer, pour un motif quelconque. Une caméra de l’entreprise a montré qu’en sortant, Art avait perdu un bouton. Par ailleurs, les objets dérobés chez les Nacœur ont été retrouvés dans le coffre-fort, parmi les DVD et les disques durs d’archivage.

« Mais comment as-tu soupçonné Pat ?

— Tu te rappelles Ninie que sa tête ne te revenait pas ? Tu vois que j’écoute ton intuition.

— Oh arrête, mon cher Lock. Ne te moque pas de moi.

— Bon, notre Pat a été très machiavélique. Il a désespérément besoin d’argent pour honorer son contrat. Il lui fallait donc hériter de sa sœur comme garantie pour un emprunt important. Il devait aussi neutraliser son beau-frère en portant les soupçons sur lui. »

Pat Hibulère a donc appelé Art pour un motif futile et boire un petit coup, juste avant le dîner d’affaire de celui-ci, il s’est arrangé pour lui faire prendre un médoc purgatif, puis habilement détacher un bouton de la manche de sa veste. Pat était sûr que je trouverais ce bouton, se fiant à ma renommée non usurpée.

Il était donc pratiquement certain que Art s’absenterait au cours de son repas, Pat connait le restaurant et ses particularités. Les soupçons à l’égard de Art allaient se préciser. L’informaticien possède un logiciel ingénieux qui peut créer lui-même d’autres logiciels ; il pouvait donc s’absenter en laissant le programme tourner tout seul, et juste faire une vérification à la fin du processus. Il a également un ascenseur personnel, et aucun de ses collaborateurs ne pourrait jurer qu’il ne l’a pas utilisé cette soirée-là.

Pat a donc rendu visite à sa sœur, l’a précipité dans les escaliers, a pris des objets de valeur pour simuler un cambriolage, et placé judicieusement le bouton de son beau-frère pour qu’il puisse être trouvé, pas trop facilement. Plus tard, il aurait caché les objets volés dans le vestiaire de sport de Art pour l’enfoncer encore plus, mais l’occasion ne s’est pas encore présenté.

« Heureusement que ce Pat a réglé intégralement nos honoraires, mon cher Lock.

— Oh, il a été trop sûr de lui. Il ignorait peut-être que Kwan Lock est consciencieux et opiniâtre. »

 

Fin

RAHAЯ

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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