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Pour ce lundi de ma quinzaine à la barre du navire des Croqueurs de mots, sous le commandement de Dômi, avec un clin d'oeil à Captain Tricôtine au cas où elle passerait par là ...

http://fr.fotolia.com/id/2815111

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Elle ne s'appelle pas Perrette, mais nous l'appellerons ainsi. Elle est sur le chemin du retour vers la maison de ses grands-parents. On est au XXe siècle, à la fin des années 60. On est en été, il est entre 9 h et 10 h du matin. Perrette est allée déposer à la ferme, sur la hauteur par rapport au village au bord de la rivière, le pot à lait, qu'il lui faudra aller rechercher le soir, une fois rempli. Le pot à lait, pour Perrette c'est ... le "podlé" ! Donc, la mission du matin accomplie, elle a descendu la pente et pénètre dans le village quand surgissent le grand escogriffe et son acolyte plus petit et plus jeune (le même âge qu'elle, en fait). Le grand escogriffe est déjà un adolescent avancé, il jouit du prestige du Parisien en vacances, il est souvent le meneur des jeux des enfants du village.

Elle a un mauvais pressentiment ... En effet, ils sont munis, le petit d'un arc et de flèches, le grand d'un pistolet en plastique et ils disent en l'apercevant : "Une squaw ! On l'a vue à temps, c'est une espionne !" Perrette a le coeur qui s'affole ; il faut dire qu'elle est très timide et que devant ces deux gaillards elle est paralysée. "Je vais passer un mauvais quart d'heure" a-t-elle le temps de se dire. Elle a beau savoir qu'ils ne sont pas méchants, à son âge elle ne relativise pas, elle n'a pas encore découvert le sens de l'humour ni l'esprit de la répartie ... "Cachons-la dans la grange de grand-père, j'ai la clé !" poursuit le grand, qui s'empare du bras de Perrette ; elle n'ose pas se dégager, ne croyant pas qu'il va mettre sa menace à exécution. Mais si ! Les voilà qui la poussent devant eux dans la grange. Le grand trouve une longue ficelle et attache Perrette par le poignet à un barreau de l'échelle appuyée contre le mur. Puis ils s'en vont, déclarant qu'ils vont délibérer sur son sort et qu'ils ne savent pas quand ils reviendront ; le tout avec un grand sérieux, même pas un ricanement entre eux.

Dans la grange désertée, Perrette écoute leurs pas qui s'éloignent et reprend ses esprits. Maintenant elle est furieuse mais ne leur aurait pas donné le plaisir de l'entendre pleurer ni les supplier. Dans un premier temps, elle examine son lien, s'aperçoit que le grand escogriffe ne lui a fait qu'un noeud de chaise, pas très serré. Perrette connaît quelques noeuds marins, celui-ci est d'ailleurs le plus facile d'entre eux, elle s'en défait. Puis elle explore la grange et se dirige vers le soupirail, au fond. La grange, comme toutes les maisons ensuite de ce côté de la route, est à flanc de colline et le soupirail donne sur l'herbe et la broussaille. Elle pousse le verrou, se dit : "il faut que je me sauve par là, et vite, avant qu'ils reviennent ! Pas question de déplacer l'échelle pour me hisser, je veux qu'ils ne comprennent pas comment je me suis échappée !" Elle teste une vieille caisse ... Oui, cela suffit ! Elle la cale bien contre le mur sous le soupirail. Il est possible qu'on ne remarque pas que la caisse a été déplacée. Une fois dehors, grâce à la ficelle, qu'elle a coulée autour du verrou, elle rabat la vitre de son mieux, pas complètement fermée mais assez pour faire illusion et elle fait glisser la ficelle au dehors aussi en tirant sur un seul bout. Ouf, elle allait se reposer un instant dans l'herbe mais une araignée sur sa main la fait se lever d'un bond !

Et là se déroule la grande aventure : grimper jusqu'à un chemin à travers ronces, orties et autres, qui lui battent les jambes et lui mettent les mains en feu, mais le désir d'évasion lui donne des ailes. Elle fait un accroc à sa robe au passage, atteint le chemin et progresse vers la maison de ses grands-parents, qui se profile en contrebas. Pour arriver dans le jardin, il faut escalader la haie d'un champ, le traverser sous le regard intrigué de quelques vaches, franchir une autre haie avant de se retrouver dans un premier jardin (heureusement que le jardinier n'est pas dedans, pas besoin de fournir des explications), une troisième haie et un grillage, nouvel accroc à sa robe, pour aboutir dans le jardin de ses grands-parents à l'arrière de la maison. Ouf, son calvaire est terminé, maman est justement là, ramassant du linge sec sur le fil. Perrette court vers sa mère qui la regarde de la tête aux pieds, l'air profondément inquiet.

Elles s'assoient toutes deux sur le muretin et Perrette raconte sa mésaventure et son évasion. Maman la croit, oh soulagement ! Et ... on n'en dira rien à papa ni grand-père, qui sont partis à la pêche, sinon il risquerait d'y avoir des vagues à cette histoire, qui ne profiteraient à ... personne. Dans la maison, il faut bien aussi raconter à grand-mère, qui d'abord s'énerve contre sa petite-fille pour s'être laissé faire, mais s'indigne aussitôt contre les chenapans, ôte son tablier et veut sortir leur régler leur compte ! Maman calme le jeu, dit que les garnements ont dû avoir un choc et que cela leur suffira comme leçon. La robe ? On la transformera, on en fera une toute neuve en ajoutant du tissu !

Plus tard, dans l'après-midi, papa sortira son auto et la famille s'en ira à la grande plage, pour se baigner à marée haute. L'auto passera devant le grand escogriffe et le plus petit ; ils dévisageront Perrette d'un air stupéfait. Elle s'accordera la satisfaction de leur faire un signe en passant, gardant l'air très sérieux. On est grave quand on est enfant. Il est possible que plus tard les deux compères et Perrette se remémorent cette affaire et en rient.

Lenaïg

http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C5%93ud_de_chaise

http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C5%93ud_de_chaise

Tag(s) : #Jeux, #Nouvelles - Lenaïg - Pour petits comme grands
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